Compte rendu succinct de la restitution du RMC AFORCE du 12 décembre 2012

Le 12/12/2012, plusieurs d’entre nous se sont retrouvés au colloque de restitution du RMC AFORCE : Chantal Dupré Zakarian, Jean-Marie Barbier, Daniel Michaud et moi-même.

Qu’est que le RMC AFORCE : Adaptation FORêts au Changement ClimatiquE , chargé d’étudier les conséquences du changement climatique sur la végétation forestière. Ce réseau a été mis en place à l’initiative de la forêt privée, l’Institut du Développement Forestier, IDF qui en assure l’animation. L’ensemble de la famille forestière y participe : IDF et CNPF, INRA, ONF, FCBA, Ministère de l’Agriculture, Ecole Forestière de Nancy, etc…

Les météorologues nous affirment que le changement climatique est bien là ; + 2 à 4° en Limousin en 30 ans. La principale conséquence qui doit nous interpeller : les sécheresses de printemps et d’été et les canicules seront de plus en plus fortes et de plus en plus fréquentes. Quels moyens dispose le sylviculteur pour continuer à produire du bois de qualité dans le respect de l’environnement. AFORCE ne prend pas en compte le risque tempête, les météorologues n’ayant aucune certitude sur leur évolution et leur intensité.

 Différents thèmes ont été abordés

1 : Evolution du climat

2 : Conséquence sur la réserve hydrique des sols

3 : De quelle ressource génétique dispose-t-on au sein de la famille Abies pour faire face au changement climatique

4 : En quoi l’analyse économique permet-elle d’informer et d’aider dans le choix de gestion sous incertitude climatique : Etude pilote sur le cas du Douglas.

       Que retenir de ce colloque particulièrement riche ?

       1 : Certaines essences fortement implantées  dans nos régions semblent condamnées au terme de 20, 50 voire 80 ans. Pour notre Limousin, le Hêtre, même sur le plateau, le Chêne pédonculé – 1ère  essence en Limousin, certains Abies comme le Grandis ou le Pectiné n’ont pas la capacité de résister aux sécheresses du printemps et d’été, ainsi qu’aux canicules comme en 2003. Les météorologues les prévoient de plus en plus fortes et rapprochées tout au cours de notre 21ème siècle.

      2 : La gestion de l’eau pour le sylviculteur est une priorité. Nous pouvons agir en permettant au maximum d’eau d’atteindre le sol par exemple en dépressant et en éclaircissant tôt. De plus une sylviculture ouverte permet l’implantation d’un sous étage freinant l’évaporation qui permet une meilleure décomposition de la matière organique donc une meilleure fixation des réserves en eau dans le sol. Enfin le système racinaire pourra s’étendre sur une plus grande surface et ainsi disposer de plus de réserve en eau. D’autre part, raccourcir les cycles de production permet de limiter l’évapotranspiration qui est  plus forte sur les arbres âgés.

      3 : Raccourcir les cycles de rotation améliorera très fortement la rentabilité de nos forêts mais pas n’importe comment. Le modèle que nous a présenté le service économique de la division forestière de l’INRA a choisi ses données auprès de la direction forestière de la CDC sur un schéma classique de conduite de peuplement de Douglas en Bourgogne, quasi identique à ce que nous faisons en Limousin.

Le modèle proposé porte sur 3 modes de sylviculture.

1 : des révolutions répétées tous les 55 ans

2 : des révolutions répétées tous les  40 ans

3 : une première révolution de 55 ans puis après de 40 ans.

La 1ère modalité sur 55 ans, induit des dépérissements très importants en fin de cycle. Ainsi le BASI – Bénéfice Actualisé en Séquence Infini-pour le cycle de 55 ans serait de 13 000 €, de 30 000 pour celui de 40 ans et de  20 000 pour celui de 55 ans suivi de cycles de 40 ans. Dans le schéma 2, les frais d’un amendement calcaire ont été pris en compte pour maintenir une vie correcte du sol. Cette étude est à la disposition des adhérents sur notre site internet. Bien entendu, raccourcir les cycles suppose une gestion dynamique classique en Limousin, retenue par la Société Forestière de la CDC, savoir : ramener le peuplement à 350-400 tiges vers 25- 30 ans et coupe rase à 40 ans.

  4 : Profiter au maximum des progrès génétiques de certains vergers à graines par des provenances qui assurent une meilleure résistance au stress hydrique l’été.

Le sylviculteur qui voit son peuplement à maturité peut être tenté par la régénération naturelle. Il ne pourra bénéficier de provenances moins gourmandes en eau lors de sécheresses et canicules. Les cycles de productions seront sensiblement allongés. Les risques de dépérissements seront beaucoup prononcés plus on retarde l’âge d’exploitation

De plus, nous devrons mieux adapter nos essences aux stations. Une réflexion importante devrait être mise en place par nos organismes de recherche appliquée et de développement pour nous former et nous informer face à ces nouvelles contraintes. Jusqu’aux années 80, on se trompait peu en reboisant en Douglas pourvu que le sol ne soit pas trop humide ! Depuis nous avons pris 2 à 4° en Limousin, on nous promet des sécheresses et des canicules plus fortes et plus nombreuses, sur les sols plus légers, il faudra sans doute recourir au cèdre, au Nordmann ou au pin Laricio.

Voici quelques réflexions retirées de ce colloque, Bien sûr le débat reste ouvert.

Vous pouvez consulter l’artice: « Quelles sont les incidences des pratiques forestières sur le potentiel de production d’un sol forestier du limousin ? » de Bruno Gracia, enseignat à l’Ecole Forestière de Meymac   cliquez ici

Christian BOUTHILLON
Vice-Président de FRANSYLVA –  Forestiers Privés en Limousin