Une unanimité fâcheuse ?


Comme chacun le sait, les plus mauvaises décisions de la République ont été le plus souvent votées à l’unanimité… C’est la crainte que nous nourrissons après l’audition que notre fédération a organisé des principaux candidats à la Présidence de la République. L’unanimité s’est faite sur le maintien du statu quo actuel en matière fiscale. Même consensus vague en ce qui concerne les mesures environnementales. Même silence embarrassé en ce qui concerne le financement de l’investissement forestier. Tous ont marqué un certain intérêt en ce qui concerne le recours au « fonds carbone » pour le financement de l’investissement forestier, soulignant la légitimité des demandes des forestiers, mais n’expliquant pas comment faire face à la probable ruée des candidatures à ces crédits quasi tombés du ciel…

Bien sûr, il s’agissait pour tous d’aller à la pêche aux voix ! Mais, que restera-t-il de cette belle unanimité lorsque les élections passées, l’élu se retrouvera seul face aux dures réalités du moment ? Bien sûr, il est difficile d’anticiper… Mais, par le passé, on a trop vu des gouvernements qui aimaient bien les forestiers, décider brutalement de supprimer telle disposition bien adaptée à leur activité, ne laissant subsister que des miettes, des mesures en trompe l’œil ou mieux, …rien du tout… L’exemple du Fonds Forestier National est à cet égard plein d’enseignements : suppression du Fonds, promesse de relai public puis abandon quasi complet…

Non, cette belle unanimité masque en fait un certain désintérêt et une méconnaissance regrettable de la chose forestière de la part de ceux qui sont en principe appelés à nous gouverner. Nous aurions souhaité une belle bataille, projet contre projet ; nous n’avons eu qu’une indifférence polie…C’est pourquoi on ne peut rien conclure de ce qu’ont dit les candidats, sinon qu’il ne faudra juger que sur les actes ; sinon qu’il nous appartient à nous, les forestiers, de nous tailler un devenir, sans trop compter sur l’arrivée miraculeuse de mythiques crédits publics. Si elle se produit, tant mieux ; mais il faut trouver d’autres sources de financements.

Le syndicat a engagé une réflexion sur le financement de l’investissement forestier dans laquelle le recours aux crédits publics reste une hypothèse, mais dans le contexte actuel le recours à des financements privés ou à des modes d’organisation des forestiers eux-mêmes semble quasi incontournable.

Jean-Marie BARBIER,
Président du Syndicat des Forestiers Privés du Limousin